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Full text of "La Compagnie du Kasai à ses actionnaires: réponse à ses détracteurs"

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HOOV^R INSTITUTION 

on Var, Révolution, and Peace 

FOUNDEO BY HERBERT HOOVER. 1919 






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QUESTION CONGOLAISE 



La Compagnie du 
à ses Actionnaires 



Réponse à ses détracteurs 




BRUXELLES = NOVEMBRE 1906 



1IX2.0 



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Avant- Propos 



A Messieurs les Actionnaires 

de la Compagnie du Kasai, 

En présence des attaques systématiques dont notre 
Compagnie est l'objet depuis quelque temps, attaques 
dont le but manifeste est de nuire à l'Etat Indépendant 
du Congo autant qu'à notre Compagnie, nous avons cru 
utile de vous exposer, aussi brièvement et aussi explici- 
tement que possible : 

ce qu'est notre Compagnie ; 
sa raison d'être; 
le but qu'elle poursuit ; 
les moyens qu'elle emploie pour l'atteindre : 
les résultats qu'elle obtient et 

ses réponses aux injustes reproches qui lui sont 
adressés. 

Cette brochure n'a point d'autre but. 

Nous nous sommes appuyés, pour l'écrire, exclusivement 
sur des faits acquis, sur une expérience de cinq années 



- 8 — 

de gestion, sur des documents et des rapports authentiques 
en notre possession. 

Aux légendes que Ton cherche à accréditer sur notre 
compte, nous opposons des faits : la vérité. 

La vérité se passe de commentaires. 

Bruxelles, le 17 novembre 1906. 



Le Conseil Général, 

MM. V. Begerem, 
G. Philippi, 
A. Delcommune, 
G. Bruneel de Montpellier, 
C. D'Heygère, 
V. Lacourt, 
J. Van Hulst, 
A. Mois, 
R. Vleminckx, 
J. de Hemptinne, 
O. De Bauw, 
J. Wegimont, 
A. Vangèle, 
£. Delcommune, 
F. Van Mael, 
le baron Ch. de Broqueville, 
L. Van de Velde. 



CHAPITRE PREMIER 



Ce qu'est la Compagnie du Kasai. 

La Compagnie du Kasai est une société congolaise, à 
responsabilité limitée, ayant une individualité juridique. 

Elle fut créée par Décret du Roi-Souverain, en date du 
24 Décembre 1901. 

Son siège social est au Congo : à Dima ; son siège 
administratif, à Bruxelles. 

Elle est fondée pour une durée de trente ans, mais peut 
prendre des engagements et acquérir des concessions pour 
un terme plus long. 

Elle peut être successivement prorogée par décision de 
l'Assemblée générale. 

Elle a pour objet la récolte et le trafic des produits 
végétaux et de l'ivoire, et toutes opérations d'exploitation, 
d'exportation et d'importation commerciales, industrielles 
et agricoles. 

Elle a pour champ d'action, dans l'Etat Indépendant du 
Congo, la partie du bassin du Kasai limitée au nord par 
la ligne de faîte qui sépare le bassin du Lac Léopold II 
de celui du Kasai et du Sankuru, à l'Est par les territoires 
du Comité spécial du Katanga, au Sud par les frontières 
de l'État, à l'Ouest par l'Inzia. 



- 10 - 

Capital social. — Parts bénéficiaires. 

Le Capital social fut fixé à un million cinq mille francs, 
représenté par 4020 actions au porteur de 250 francs 
chacune. 11 peut être augmenté. 

Ce capital fut souscrit comme suit : 

L'Etat Indépendant du Congo fr. 502.500 

La Nieuwe Afrikaansche Handels Vennootschap . . . 85.000 

La Société Anonyme Belge pour le Commerce du Haut Congo 85.000 

La Société Anonyme des Produits Végétaux du Haut Kassai 63.750 

La Compagnie Anversoise des Plantations du Lubefu . . 54.250 

La Société Anonyme ^Plantations Lacourt" 51.000 

La Société Anonyme „Belgika" 49 -750 

La Société Anonyme ^Comptoirs Congolais Velde* . . . 19.250 

La Société Anonyme „La Kassaienne" 18.750 

Là Société Anonyme „La Djuma" 18.500 

La Société Anonyme „Est du Kwango" 15 500 

La Société Anonyme „La Loanjé" 14.500 

La Société Anonyme ^Centrale Africaine" i3-75o 

La Compagnie des Magasins Généraux du Congo . 7.750 

La Société Anonyme „Le Trafic Congolais" 5 '750 

Il fut créé, en outre, 4.020 parts bénéficiaires sans dési- 
gnation de valeur. 

Ces parts furent remises aux parties contractantes en 
rémunération de leurs apports, qui comportaient : la renon- 
ciation au profit de la Compagnie du Kasai, à tout com- 
merce d'importation et d'exportation, notamment à celui 
de rivoire et du caoutchouc, dans les territoires délimités 
ci-dessus; le droit de récolter tous les produits végétaux 
du Domaine de TEtat ainsi que Tivoire, pendant un terme 
égal à la durée de la Société; la jouissance des postes 
commerciaux et la propriété des factoreries d'échange 
appartenant aux Sociétés dans le Kasai (bâtiments, dépen- 
dances, matériel etc.) 



- 11 - 

En 1902, la Compagnie a créé des obligations pour la 
somme de 4.500/O00 francs. 

On peut évaluer à quinze millions la valeur des apports 
des Sociétés. 

Ce chiffre représente à peu près leur capital de base. 

Comme on le voit, le capital réel engagé dépasse 16 mil- 
lions et ce chiffre ne comprend pas la valeur des apports 
de l'Etat. 

Les parts furent attribuées comme suit : 

L'Etat Indépendant du Congo 2.010 

La Nieuwe Afrikaansche Handels Vennootschap .... 340 

La Société Anonyme Belge pour le Commerce du Haut Congo 340 

La Société Anonyme des Produits Végétaux du Haut Kassai 255 

La Compagnie Anversoise des Plantations du Lubefu . 217 

La Société Anonyme „Plantati(lns La court" . . . . 204 

La Société Anonyme „Belgika** 199 

La Société Anonyme ^Comptoirs Congolais Velde" ... 77 

La Société Anonyme „La Kassaienne" 75 

La Société Anonyme „La Djuma" 74 

La Société Anonyme „Est du Kwango" 62 

La Société Anonyme „La Loanjé" 58 

La Société Anonyme , Centrale Africaine" 55 

La Compagnie des Magasins Généraux du Congo ... 31 

La Société Anonyme „Le Trafic Congolais" 23 

Total . . . parts 4.020 

L'année sociale commence le i*"" Janvier et finit le 
31 Décembre. 

Le premier Bilan fut arrêté le 31 Décembre 1902. 

L'excédent favorable du Bilan, déduction faite des charges 
sociales, des frais généraux et des amortissements que le 
Conseil d'administration juge utile de faire, se répartit 
comme suit: 
I® 5 °/o à la réserve, jusqu'à ce qu'elle atteigne 2 millions 

de francs ; 



- 12 - 

2° un intérêt cumulatif de 6 °/o sur le montant appelé 
sur les actions. ♦ 

L'excédent est réparti comme suit: 

i** 1/2 °/o à chacun des membres du Comité Permanent; 

2"^ 1/8 ""/o à chacun des administrateurs ne faisant pas partie 
du Comité Permanent, aux délégués du Gouvernement 
et aux Commissaires. 

3** 3 **/o mis à la disposition du Comité Permanent pour 
être attribués comme il le décidera, au personnel diri- 
geant en Afrique, ou pour récompenser les services 
spéciaux qui seraient rendus à la Compagnie en Afrique 
par des tiers. 

4° Le surplus est réparti uniformément entre toutes les parts 
bénéficiaires, éventuellement sous déduction des sommes 
que le Conseil jugerait utile d'attribuer au fonds de pré- 
vision ou à la réserve. 

L'Assemblée générale sur la proposition du Conseil 
d'Administration ou du Comité Permanent, peut décider 
d'affecter tout ou partie de ce fonds de prévision à 
l'amortissement des actions au pair, avec l'intérêt à 6 %/, 
depuis la date de la clôture du Bilan. 

L'assemblée générale peut voter la dissolution de la 
Compagnie, mais elle doit en porter l'avis à son ordre du 
jour, réunir au moins les 3/4 des actions et parts béné- 
ficiaires et la proposition ne peut être votée que par les 
9/10 des titres représentés. 

En ce cas, après paiement du passif, l'excédent de 
l'avoir social servira d'abord à opérer (ou à compléter) 
le remboursement des actions au pair, augmenté de 
l'intérêt à 6 p. c. jusqu'au jour du remboursement. 

Le surplus se partagera entre toutes les parts béné- 
ficiaires uniformément. 




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CHAPITRE II 



La raison d'être de la Compagnie du Kasai 

A la faveur du décret du Roi-Souverain, du 30 Octo- 
bre 1892, douze sociétés s'installèrent dans le bassin du 
Kasai . 

Ce furent, de 1894 à 1900 : 

La Société anonyme des Produits Végétaux du Haut-Kasai, 
La Compagnie Anversoise des Plantations du Lubefu, 
Les Plantations Lacourt, 
La Belgika, 

Les comptoirs Congolais Velde. 
La Kassaienne, 
La Djuma, 
L'Est du Kwango, 
Le Loanjé, 

La Centrale Africaine, 

La Compagnie des Magasins Généraux du Congo, 
Le Trafic Congolais, 

Deux sociétés : la Nieuwe Afrikaansche Handels Ven- 
nootschap, et la Société anonyme Belge pour le Commerce 



- 16 - 

du Haut-Congo, de création antérieure, y étaient installées 
déjà. 

Cela porte à quatorze le nombre des Sociétés qui concou- 
rurent à l'exploitation des produits du bassin du Kasai. 

Ces quatorze sociétés y possédaient, fin 1901, cinquante- 
neuf factoreries, dont la récolte totale, pour cette année, 
s'éleva à environ 1270 (*) tonnes de caoutchouc. 

Aussitôt installées, ces Sociétés se firent une concurrence, 
qui alla grandissant. 

En moins de trois années, de 1898 à 1901, tous les villages 
de leur champ d'action furent envahis par des linguisters 
de négoce. Dans les localités les plus riches ils arrivaient 
par groupes, solliciter l'indigène. 

Puis, comme cette chasse aux produits ne donnait pas 
le maximum des résultats attendus, certains Européens 
se mirent à visiter eux-mêmes les producteurs. 

La concurrence devint chaque jour plus intense. 

La fraude s'installa en maîtresse dans la récolte, dans 
la préparation du caoutchouc, dans les transactions. 

La plupart des caoutchoucs présentés en vente par les 
indigènes n'en avaient plus que l'aspect tant ils étaient 
mélangés de résines, de manioc, de noix de palme, de 
sable et d'autres corps étrangers. 

Cette situation eut pour effet d'augmenter dans des 
proportions anormales les frais généraux de presque toutes 
les sociétés. 

Celles-ci s'entêtaient à payer de plus en plus cher des 
produits qui devenaient, de jour en jour, plus mauvais. 



(*) C'est le chififre qui a servi de base à la répartition des parts 
de la Compagnie. 



- 17 - 

On peut d'après cela se rendre compte des résultats 
que devait entraîner pareille exploitation. 

^11 est regrettable de devoir constater, écrivait le courtier 
„Emile Grisar, dans sa Revue annuelle pour içoo, que 
„raugmentation dans la production du caoutchouc n'a pas 
„été sans exercer une fâcheuse influence sur la qualité; 
„dans beaucoup de districts il a été procédé à l'expédition 
„des gommes avec beaucoup trop de précipitation et sans 
^donner à celles-ci le temps de sécher convenablement". 

„Nous citerons notamment le Kasai rouge dont la qualité 
„si sensiblement reculé ; la plupart des lots de cette pro- 
^venance nous arrivent chargés de matières volatiles, décor ces 
„et autres impuretés et ont ainsi une moins-value de ij à 
„2o p. c, comparativement au Kasai rouge I et autrefois**, 

„La qualité du caoutchouc du Kasai, écrivait-il fin 190 r, 
„a diminué dans des proportions inquiétantes, les nègres 
«n'apportent plus aucun soin à la récolte de produits dont 
„ils trouvent un écoulement assuré. 

„La plupart des lots arrivés cette année de ces districts 
pétaient de qualité très inférieure, la pellicule extérieure 
„de la boule seule étant du caoutchouc, l'intérieur ne se 
«composant que d'écorces et autres matières étrangères 
«qui diminuent la valeur de ce produit de plusieurs francs.** 

Ces constatations sont éloquemment corroborées par les 
instructions données à cette époque par M. le Commis- 
saire de district du Lualaba Kasai. 

Bref pour beaucoup de Sociétés la situation n'était plus 
tenable . 

L'Etat, en vue préserver son Domaine, édicta les mesures 
les plus sévères, renforçant celles qu'il avait prises, 
ordonnant au Commissaire de district d'intervenir auprès 
des Sociétés et des indigènes. 



- 18 - 

Les contrôleurs forestiers se mirent en campagne et 
prescrivirent aux indigènes d'adopter des procédés de récol- 
tes, conformes à la loi. 

A la demande du Commissaire de district, les Directeurs 
des Sociétés se réunirent et convinrent de refuser désor- 
mais à l'indigène le caoutchouc de qualité inférieure. 

On brûla le caoutchouc dit pilé, on dressa des procès- 
verbaux à charge des contrevenants, on usa de tous les 
moyens légaux pour remédier à la ^situation. 

Rien n'y ne. 

La concurrence se poursuivit en dépit de toutes les 
mesures et de tous les arrangements, et fin 1901, huit des 
quatorze sociétés du Kasai soldaient en pertes ou sans 
bénéfices, trois autres accusaient quelques bénéfices. (Deux 
de ces dernières ayant des exploitations en dehors du 
Kasai, il ne nous a pas été possible d'établir, d'après leurs 
bilans, si leurs opérations dans le Kasai se traduisaient 
en bénéfices ou en pertes.) 

(Les renseignements nous manquent pour les trois 
dernières). 

Voici, au reste, les bilans qui furent publiés à cette 
époque. 

Béftéfices Pertes 



Centrale Africaine 


» w 


Société anonyme La Loanjé 


40,150.09 


Comptoir congolais Velde 


51,942.33 


Société anonyme des Produits Végétaux du 




Haut-Kasai 




Société anonyme Trafic congolais. . . . 


231,890.40 


Compagnie des Magasins généraux du Congo 


47»o63.85 


Société anonyme Belgika 


274,477.61 


Compagnie Anversoise des plantations du 




Lubefu 


«;^6.2i 



- 19 - 

Bénéfices Pertes 
Société anonyme belge pour le commerce 

du Haut-Congo 260,094.03 

Société anonyme Plantations Lacourt. . 162,077.94 

Société anonyme belge Est du Kwango . . 15,404.32 

Société anonyme La Djuma pas de renseignements 

Nieuwe Afrikaansche Handels Vennootschap idem. 

Société anonyme La Kassaienne .... idem. 

Ces faits ne disent-ils pas éloquemment où avait abouti 
dans le Kasai la libre concurrence livrée à elle-même sans 
aucun frein: résultats financiers désastreux, pour le plus 
grand nombre des Sociétés, Tavenir de la région rendu 
précaire, le commerce du caoutchouc devenu difficile et la 
source des revenus indigènes, compromise. 

A pareille situation, il n'y avait qu'un remède: Tentente. 

Sans doute, ainsi qu'on l'a soutenu, deux ou trois des 
Sociétés du Kasai eussent pu, grâce à leur puissance, 
continuer la lutte, épuiser et supprimer, en fin de compte, 
la concurrence. 

Mais, sans doute aussi, quelque puissantes que fussent 
restées ces dernières, elles n'eussent certainement pas 
obtenu les résultats qu'enregistre aujourd'hui la Compagnie 
du Kasai, résultats peut-être moins considérables au point 
de vue pécuniaire mais incontestablement plus élevés au 
point de vue moral et civilisateur. 

Les chapitres qui suivent le démontrent d'une manière 
frappante. 

L'entente, une entente loyale entre tous les commerçants 
s'imposait donc comme le meilleur, le plus honnête, le 
seul moyen de sortir d'une situation où se débattaient 
tant d'intérêts divers et qui atteignait à la hauteur d'un 
grave problème d'économie politique. 

Les dirigeants eux-mêmes se sont chargés de l'écrire 
le jour où ils furent interrogés à ce sujet. 



- 20 - 
Voici des extraits de leurs lettres : 

M. Philippi, de la N. A. H. V. 

^Nous ne sommes pas entrés dans le syndicat du Kasai 
pour échapper, comme vous le dites, à la ruine. 

„La dernière année de notre activité indépendante^ nous 
avonSf malgré toute concurrence, réussi à faire des béné- 
fices, 

^Certes, il est probable que nous serions allés à la ren- 
contre de quelques années difficiles, vu la concurrence de 
plus en plus effrénée qui se développait dans les régions: 
mais il était certain que cela ne pouvait durer. 

„Une série de Sociétés, établies à la légère, sans capi- 
taux suffisants et sans direction expérimentée, devaient 
forcément disparaître et seules quelques Sociétés solides 
qui, au lieu de s'entre-égorger eussent facilement pu s'en- 
tendre, auraient subsisté''. 

M. L. Van de Velde, des Comptoirs Velde, 

„A mon sens, il est hors de doute que la Société Je s 
Comptoirs Velde** aurait sombré dans la débâcle générale, 
si la constitution d'un syndicat n'était pas venue mettre un 
terme à la concurrence effrénée qui se pratiquait dans ce 
district** 

M. Van Hulst, de la Belgika. 

^Vous avez mille fois raison d avancer que, sous C an- 
cien régime du commerce libre du Kasai, les Sociétés com- 
merciales qui y étaient établies, marchaient à la faillite, car 
la qualité du caoutchouc allait en s' avilissant chaque jour, 



- 21 - 

les prix et achat haussaient sinon t indigène se refusait à 
produire et les frais généraux indispensables restaient 
élevés. 

„Le système de la liberté de récolter le caoutchouc a, du 
reste, fait ses preuves ailleurs que dans la région du Kasai 
et cela pour aboutir aux mêmes résultats néfastes. Ici 
encore, je vous parle et expérience. 

ffj'ai lUf il est vrai, que des Sociétés puissantes et bien 
administrées auraient évité les inconvénients que nous avons 
constatés. 

ffOest une appréciation qu'il ne coiete guère d avancer, 
elle n*en vaut pas mieux pour cela.** 



M. V. Lacourt des Plantations Lacourt. 

„ Grâce aux bénéfices qu'elle réalisait encore, aux moyens 
d'action dont elle disposait, aux mesures de prévoyance 
prises, ma Société eut pu très vraisemblablement se mainte- 
nir à tégal des Sociétés les plus puissantes. 

„Mais l'issue fatale de cette lutte ne faisait pour moi 
aucun doute, 

„Bien que ma Société fut moins atteinte que d'autres, 
f estimai de mon devoir et de t intérêt de ma Société de faire 
part à tEtat de mes craintes au sujet du sort réservé à tune 
de ses plus belles provinces et de lui signaler le seul refnède 
que je voyais à la situation : t entente entre les Sociétés 
exploitantes . 

^Je préconisai cette entente dans une note qui lui fut 
remise le /*•" mars içoi**. 



- 22 - 

M. D'Heygère pour les Sociétés S.A.P.V. et Lubefu. 

„Il est indéniable que la concurrence que se faisaient les 
Sociétés dans le Kasai réduisait considérablement depuis 
trois ans les bénéfices espérés et que, certainement, si la 
concurrence s était poursuivie pendant une courte période 
encore, il n aurait plus été possible à aucune Société de 
résister au mouvement. Toutes auraient exploité à perte et 
évidemment, celles qui n avaient ni les réserves ni les capi- 
taux suffisants devaient disparaître**. 



M. DE Hemptinne de la Société La Djuma. 

„Je suis parfaitement et accord avec vous, la concurrence 
que se faisaient entre elles les Sociétés du Kasai était 
néfaste et ruineuse. Je vous autorise à le dire de ma part** . 



M. O. De Bauw de fEst du Kwango, 

t,On peut affirmer, sans crainte de se tromper, que c'est 
la perspective d'une situation dangereuse pour leur existence 
qui a décidé les Sociétés à souscrire à la création de la 
Compagnie du Kasai**, 



M. P. De Clippele de la Centrale Africaine, 

f,La Compagnie du Kafai est apparue à notre Société 
comme un sauveur, et, jet\ suis convaincu^ à toutes celles 
établies comme nous, sur les rives de la Djuma- Kwilu** , 

„Plus nous recevions de caoutchouc ^ plus nous perdions 
d'argent". 



~ 23 - 



M. R. Vleminckx de la Kassatenne. 



^Cest la perspective d'une inévitable et prochaine ruine 
qui a décidé la Société „La Kassaienne^ à souscrire à la 
création de la Compagnie du Kasai". 

M. F. Van Mael du Trafic Congolais. 

„Je marche parfaitement d'accord avec vous et telle était 
déjà mon opinion avant la création de la Compagnie du Kasai^. 



Nous ajouterons que l'État lui-même n'avait plus rien 
à attendre du concours de ces Sociétés dont plusieurs 
payaient difficilement l'impôt, satisfaisaient à grand'peine, 
aux exigences de la loi sur les replantations fiscales, dont 
d'autres ne faisaient plus de bénéfices ou voyaient leurs 
bénéfices décroître. 

Aucune d'entre elles pour ainsi dire ne pouvait lui 
apporter une aide quelconque, faire œuvre d'avenir, se 
préoccuper d'un autre programme que celui de veiller 
à ses propres intérêts et de travailler à son salut. 

Or, peut-on raisonnablement admettre qu'un État, jeune, 
sans ressources, chargé de tout créer dans un empire 
immense, habité par des peuplades primitives, puisse vivre, 
s'organiser, se développer, améliorer sa situation économi- 
que, élever ses populations, remplir en un mot sa mission 
d'État, s'il n'y est aidé par le commerce? 

Devait-il, en cette conjoncture, muet et inactif, assister 
à la dilapidation de son Domaine, perdre, sans profit pour 
personne, les richesses dont il avait confié l'exploitation à 
l'initiative privée? 



~ 24 - 

N'était-ce pas une œuvre de salut général que la consti- 
tution d'un organisme dont l'unité de vues, de Direction 
et de surveillance, le programme, conforme aux lois et aux 
vœux de l'État, aux intérêts généraux, à tout ce qui touche 
la civilisation mettait fin à une situation déplorable? 

N'était-ce pas le seul moyen de contribuer efficacement, 
à la grande œuvre entreprise au Congo? 

Quelle autre conception présente de tels avantages? 

Et faut-il d'autres considérations pour justifier la raison 
et être de la Compagnie du Kasai? 




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CHAPITRE III. 



Le but poursuivi par la compagnie du Kasai. 
Son programme. 

En se constituant, la Compagnie du Kasai assumait la 
charge de sauver les capitaux engagés; elle s'imposait le 
devoir de réorganiser les mœurs commerciales, dans toute 
l'étendue de son champ d'action et de seconder TÉtat dans 
Tœuvre de civilisation qu'il avait entreprise. 

Ceux qui attaquent aujourd'hui la Compagnie du Kasai, 
ne retiennent de son œuvre que les résultats financiers 
qu'elle obtint. 

Sciemment, ils laissent dans l'ombre les services qu'elle 
rendit et qu'elle ne cesse de rendre à la civilisation et à 
l'intérêt général. 

Les extraits de documents que nous publions, dans le 
présent chapitre, montrent l'ampleur de sa tâche et défi- 
nissent le but véritable qu'elle poursuit. 

Points essentiels du programme de la 

Compagnie élaboré en janvier 1902 : 

I® Examiner quelles sont les factoreries reprises à suppri- 
mer pour cause de double emploi ou pour tout autre motif; 



- 28 - 

2" Déterminer les endroits où il convient d'installer de 
nouvelles factoreries; 

3° Orienter l'activité commerciale de la Compagnie de 
façon à répartir judicieusement ses efforts, à laisser reposer 
les régions fatiguées ; 

4** Explorer, étudier progressivement son champ d'action; 
en dresser la carte économique; 

5** Réduire le portage au minimum. Étudier la navigabilité 
des rivières, utiliser, dans la mesure du possible, tous les 
biefs navigables, créer et situer, en conséquence, les facto- 
reries et les transits . 

6^ Améliorer la qualité des produits d'exportation, en 
fixer le prix d'achat à un taux équitable qui donnât 
satisfaction aux indigènes et à la Compagnie. 

7** Rechercher les plantes à latex et en général les 
plantes susceptibles de donner un produit utilisable. Créer 
de vastes plantations d'essences à caoutchouc, créer des 
potagers et des basses-cours dans tous les établissements 
de la Compagnie. 

8**J[Encourager les indigènes à augmenter leurs cultures 
vivrières, à entreprendre des cultures de rapport; les 
aider dans l'établissement de leurs villages et de leurs 
habitations. 

9® Amener au travail les populations jusqu'alors réfrac- 
taires, étendre ainsi pacifiquement le champ de récolte de 
la Compagnie jusqu'à ses limites; organiser, de façon 
économique, les transports dans toute son étendue. 

io° Réduire les frais généraux, organiser la surveil- 
lance et l'administration de la Compagnie. 

11° Seconder l'Etat et les missions dans leur œuvre de 
civilisation. Apporter aux missions religieuses, scienti- 
fiques et autres, aux hôpitaux, aux institutions, aux Sociétés 



- 29 - 

savantes et philanthropiques, sans distinction de nationalité, 
l'aide la plus efficace. 

12° Créer des hôpitaux pour indigènes; installer des 
écoles et des ateliers pour former des commis, des clercs 
et des artisans. 

13*" Créer une ferme pour l'élevage et la culture des 
plantes de rapport. 

Extraits des instructions données 
au personnel d^Afrique. 

Pour l'édification complète de la Compagnie, il est indis- 
pensable que les agents se renseignent non seulement sur 
les ressources des contrées qu'ils visitent, mais aussi sur 
la topographie de ces contrées, la minéralogie, la flore^ la 
faune et en général sur tout ce qui présente un intérêt 
quelconque. 

Us dressent à la boussole et à la montre des itinéraires 
renseignant les cours d'eau et les localités du pays. 

Au point de vue miner alogique, les agents se bornent à 
recueillir des échantillons de minerais et à les envoyer à la 
Direction, 

Au point de vue de la faune, ils notent ce qu'ils ont con- 
staté de visu ou appris par les indigènes. 

Ils mettent en herbier les plantes ou fragments qui leur 
paraissent intéressants. 

Les échantillons de plantes doivent se composer, autant 
que possible, des quatre éléments : tige^ feuille, fleur et fruit. 

Les objets de fabrication indigène remarquables, soit par 
leur nature, soit par leur fabrication, soit par les indica- 
tions qu'ils peuvent donner au sujet de certaines ressources 
du pays, doivent être adressés à la Direction. , . 



- 30 ~ 

// est prescrit de la façon la plus formelle de traiter 
toujours les indigènes avec patience et bienveillance. Les 
mesures les plus sévères seront prises contre ceux qui 
contreviendraient à cette prescription; ceux qui se livre- 
raient à des actes de brutalité envers les indigènes seront 
impitoyablement dénoncés à la Justice 

Les factoreries possèdent chacune une certaine quantité 
alarmes à feu (fusils rayés à percussion et fusils à piston) 
destinés uniquement à la défense des postes. Des prescrip- 
tions très sévères de l'Etat règlent les dispositions concernant 
cet armement. Nous attirons d'une manière toute spéciale 
r attention des agents sur cette question en les prévenant que 
toute infraction aux lois de l'Etat, entraînera pour eux des 
mesures de répression sévères, , . . 

Sous aucun prétexte, les armes rayées, autres que celles 
qui font l'objet du port-d' armes spécial des blancs ne peuvent 
sortir du périmètre de la factorerie. Elles ne peuvent en 
aucun cas être employées à des incursions dans la région. 

La répression des séditions ou des actes de brigandage 
est exclusivement réservée aux autorités de VEtat, 

Il est prescrit aux gérants de créer des poulaillers, 
chèvreries, bergeries, pigeonniers, jardins potagers, cultures 
alimentaires, etc., afin de n être jamais à court de vivres frais. 

Il est prescrit à tous les agents de planter dans les fac- 
toreries des arbres fruitiers de toutes les essences existant 
dans la région. 

La Direction veillera à propager toutes les essences utiles. 

Il importe aussi d'engager les indigènes travailleurs à 



- 31 - 

cultiver, en dehors des heures de travail^ ou à faire cultiver 
par leurs femmes, les terrains voisins de leur campement 
en y plantant du riz, du maïs, des arachides, du manioc^ 
du tabac, etc. y pour leurs besoins personnels et leur profit 
exclusif . . . 

La Compagnie exige que toutes les personnes de couleur 
résidant dans une de ses factoreries soient munies d'un 
engagement régulier. . . 

Tout le personnel noir doit figurer sur les listes de con- 
trats et licences de la Compagnie, . . 

Les agents s'efforceront cC amener les indigènes dans les 
factoreries ; ils visiteront leurs régions et s' entretiendront 
aussi souvent que le service le permettra avec les chefs \ ils 
gagneront leur confiance et conquerront leur sympathie; ils 
se renseigneront aussi complètement que possible sur les 
ressources du pays et les moyens de les mettre en valeur. 

Les agents qui devront se créer des relations dans les 
secteurs éloignés et peu accessibles, devront le faire avec 
prudence et habileté, pour ne pas s'attirer l'hostilité des 
indigènes, ce qui serait un danger pour eux et retarderait 
tout développement de ce côté. 

Ils ne devront jamais s' aventurer lorsque les indigènes 
sont manifestement hostiles; ils auront à se retirer et à 
attendre un moment plus propice ou une protection quel- 
conque qui les garantira de tous dangers. . . 

Damais les agents de la Compagnie ne peuvent avoir 
recours aux armes pour imposer leur passage; notre 
action ne saurait cesser d'être commerciale pour devenir 
militaire ef notre armement doit rester toujours purement 
et exclusivement défensif. 



- 32 - 

„Aussi devons-nous user de patience avec les indigènes 
et inspirer confiance à leurs chefs par quelques cadeaux 
faits à propos, etc. 

n En s' observant, en ne se montrant ni exigeant ni brûlait 
ni impatient, on s'achemine vers le succès finaL.. 

^Cependant, il ne faut jamais oublier que les indigènes 
sont des êtres primitifs, impressionnables et que ton ne 
peut se fier entièrement à eux. 

tfLes meilleures assurances de leur part ne doivent 
jamais exclure la prudence,.. 

„La façon de récolter le caoutchouc est et une importance 
capitale pour P avenir de notre Compagnie. Les agents ne 
sauraient prendre trop de mesures pour amener les indi- 
gènes à adopter des méthodes conservatrices des lianes et 
à toujours produire les belles qualités de caoutchouc qui 
font la réputation du Kasai, Il faut amener les indigènes 
à abandonner leur méthode de production de caoutchouc 
par pilonage de lianes coupées, procédé qui pourrait aboutir 
à la destruction complète des lianes. 

^Les gérants sont responsables des agissements des 
clercs, capitas ou colporteurs qu'ils emploient. 

„En aucun cas le caoutchouc pilé en masses ^ contenant 
des impuretés diverses : déchets de bois, etc., contenant 
parfois plus de résidus que de caoutchouc proprement dit, 
ne pourra être acheté,.. 

„Tout caoutchouc laissant à désirer doit être impitoya- 
blement écarté, cest le seul moyen d'amener les indigènes 
à des procédés de récolte plus rationnels et de mettre fin à 
ta destruction des plantes à latex. 

„Souvent les indigènes introduisent à l'intérieur des boules 
des matières étrangères telles que terre, manioc, résines, 



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-- 35 - 

parfois des noix, des pierres; aussi, lors des achats, les 
gérants doivent-ils, avant de procéder au pesage et au paie- 
ment, faire sectionner en deux parties, boule par boule, le 
caoutchouc présenté en vente. 

„Cer tains natifs mêlent à leurs produits des résines qui 
ont l'aspect du caoutchouc et qui rendent le produit poisseux 
ou sans valeur aucune, 

„Les agents rechercheront C origine des fraudeurs et les 
dénonceront à la Justice, mais il leur est strictement défendu 
de procéder eux-mêmes à des confiscations de produits. 

Ils les feront connaître à leurs collègues voisins, de façon 
à ce que le caoutchouc de mauvaise qualité soit systémati- 
quement refusé dans tous les postes de la Compagnie* . . .** 

Chaque courrier d'Europe apporte en Afrique des ins- 
tructions particulières, dictées par les circonstances, par 
les événements, par les mille faits de notre carrière 
commerciale. 

Le même esprit d'humanité, de tolérance et de justice 
les inspire. 

Nous Taffirmons hautement, dans l'impossibilité où nous 
nous trouvons de tout reproduire ici. 

La Compagnie du Kasai n*a jamais été et ne sera jamais 
partisan de la violence. 

Toute opération de force détruit le commerce pour des 
mois. 

La plupart de nos factoreries sont loin de tout secours. 
Cependant les meurtres de blancs sont excessivement rares. 

Cela ne prouve-t-il pas la bonne entente qui règne 
entre nos agents et les indigènes avec qui ils commercent? 

Cela ne démontre-t-il pas, tout au moins, que nous res- 
pectons la liberté et les droits des indigènes, si Ton ne 
veut pas admettre que nous leur inspirons de la sympathie? 



- 36 - 

Toute question de sentiment mise à part, notre Compagnie 
a d'ailleurs un intérêt considérable à travailler à rémanci- 
pation des indigènes. C'est, pour elle, un point d'économie 
politique élémentaire que de se préparer des travailleurs 
paisibles, serviables, comme de ménager les sources de 
ses revenus et d'étendre son occupation à tout son champ 
d'action. En procédant de la sorte elle remplit autant un 
devoir de sage administration qu'un devoir d'humanité. 




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CHAPITRE IV 



Les moyens qu'elle emploie pour atteindre 

son but. 

Subdivision des territoires. 

Pour la réalisation de son programme, le Conseil d'Admi- 
nistration sans toutefois paralyser l'initiative de la Direction 
d'Afrique, tient la haute main sur toutes les opérations de 
la Compagnie, sur la marche de ses affaires en Afrique 
et en Europe. 

Les services d'Afrique : le Secrétariat, la Comptabilité, 
le Transit général, la Marine et le Commerce sont centra- 
lisés à Dima; ils répondent à des services similaires créés 
auprès de l'Administration Centrale et qui permettent tout 
contrôle. 

Dima se trouve à l'entrée même du champ d'action de 
la Compagnie. 

Celui-ci fut subdivisé en secteurs, placés sous la surveil- 
lance d'un chef relevant de la Direction d'Afrique. 

Chaque chef de secteur commande à un certain nombre 
de gérances ou factoreries d'échange et de transit. 

Le gérant travaille avec un adjoint. 

Les factoreries ont ordre d'opérer des jonctions entre- 



- 40 - 

elles de façon à s'entr' aider au besoin, à se ravitailler, à 
s'entendre, et à créer progressivement notre réseau d'occu- 
pation. 

Ainsi, l'œuvre est assurée de l'unité de vue et d'action 
indispensable. 

Explorations. 

D'une façon générale, tous les agents de la Compagnie 
ont ordre d'explorer et de reconnaître les régions où ils 
travaillent. 

Les inspecteurs et les chefs de secteurs sont en roule 
toute Tannée. Les gérants des factoreries qui ont un 
adjoint sont en route de dix à quinze jours par mois. 

Les capitaines de steamer, lorsqu'ils n'assurent pas le 
service fluvial, s'occupent de la reconnaissance et du 
curage des rivières. 

Toutes ces explorations sont essentiellement pacifiques 
et nous pouvons affirmer que dans tous les endroits où 
nos agents sont installés, ils le sont avec l'assentiment 
des indigènes, sans autre protection. 

Pénétration. — Récolte du caoutchouc et de Tivoire. 

Dans les régions nouvelles, la pénétration est souvent 
difficile et dangereuse; les négociations avec les villages 
sont toujours laborieuses et leur succès dépend surtout de 
la patience et du sang-froid de nos agents. 

Ceux-ci commencent par faire des ouvertures et des 
cadeaux aux chefs; mais sans l'intervention de chefs amis 
qui se chargent de rassurer leurs collègues sur nos inten- 
tions, de faire connaître nos mérites et les avantages que 
nous apportons, ils n'avanceraient guère en besogne. 




Récolteurs de caoutchouc. 




Construction d'un séchoir. 



- 48 - 

Certaines tribus, certains chefs, refusent toutes avances, 
tout commerce et, systématiquement, s'opposent à notre 
pénétration . 

Nos agents respectent leur indépendance; patiemment 
ils continuent à insister usant de tous les moyens légaux 
et bienveillants, et attendent pour s'installer leur assenti- 
ment. 

La création de chaque factorerie amène celle de petits 
postes dans les centres de production. Dans les régions 
déjà connues, pacifiques et occupées, des linguisters indi- 
gènes parcourent les villages, y achètent les produits, qu'ils 
rapportent en factorerie. 

L'indigène qui vend ses produits choisit lui-même les 
marchandises qu'il désire. 

Il récolte ou ne récolte pas. Nous n'avons et ne désirons 
aucun moyen de contrainte ou de pression. 

Notre système donne, du reste, d'excellents résultats. 

Le caoutchouc récolté et convenablement séché pendant 
deux ou trois mois est emballé à la factorerie même dans 
des paniers fabriqués par les indigènes. Puis il est pesé, 
marqué et convoyé vers Dima et l'Europe. 

11 est reçu à Anvers par notre service de contrôle. 
Chaque arrivage est l'objet de sa part d'un rapport 
détaillé sur les espèces reçues, leurs qualités, leurs défauts 
éventuels. 

Comme la provenance de chaque panier est connue, les 
observations sont transmises directement à l'agent en 
défaut par l'intermédiaire de la Direction. 

Chaque centre de production est donc contrôlé, non 
seulement par le chef de secteur, l'Inspecteur et la Direc- 
tion d'Afrique, mais encore par l'Administration en Europe. 

Tous nos produits sont vendus sur le marché d'Anvers 
par l'intermédiaire de nos courtiers et de nos consignataires. 



- 44 - 

Factoreries. 

Les factoreries furent situées de façon à répartir judi- 
cieusement les efforts, à ménager les régions déjà entamées. 

Filles furent installées le long des cours d'eau ou à leur 
proximité, dans les endroits les plus salubres et, autant 
que possible, près des agglomérations productives. 

Chaque factorerie possède dans sa zone d'action (zone 
nettement délimitée) un ou plusieurs petits postes d'achat 
commandés, selon leur importance, par un agent européen 
ou par un clerc. 

Toutes les factoreries sont ravitaillées régulièrement 
grâce à notre flotille fluviale qui, à l'heure actuelle, com- 
prend onze steamers : 

Le M* Fumu N' Tangu, La Madeleine, La Marie, 
Le Velde, L'Antoinette, La Lys, L'Est du Kwango, 
L'Alostville, Le Saint Antoine, LUbaka, L'Emile 
Dewèvre. 

Deux ou trois de ces steamers assurent le service 
Dima-Pool et retour, les autres celui entre Dima et les 
factoreries. 

En amont des points terminus de la navigation des 
steamers, les transports sur rivières sont effectués par des 
baleinières et par des pirogues indigènes ; le portage est 
ainsi réduit à l'indispensable. 

Les steamers ont leur port d'attache à Dima (Direction) 
où nous avons fait construire un atelier complet de répa- 
rations et un „slip". 

Les marchandises d'Europe sont transitées à Dima qui 
les répartit entre les différents postes suivant les réqui- 
sitions. 

De même, les produits à la descente, stoppent à Dima, 




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- 47 - 

y sont, une fois de plus, contrôlés, puis expédiés vers 
l'Europe . 

Un agent de la Compagnie, installé à Kinshassa, sur- 
veille les transbordements et assure les expéditions. 

Les factoreries les plus lointaines se trouvent donc en 
communication constante avec la Direction de Dima et 
avec celle d'Europe. 

Des marchandises. 

Le commerce dans le bassin du Kasai en est encore 
au stade de rechange. 

A Tépoque où la Compagnie du Kasai fut constituée, 
la concurrence avait approvisionné les postes d'achat de 
tant d'articles disparates, superflus, d'un prix si élevé, 
d'une arrivée si brusque et si inattendue chez ces peu- 
plades, qui vont presque nues, qu'en persistant dans sem- 
blable voie, nous eussions infailliblement abouti à la for- 
mation, dans nos magasins, de stocks aussi considérables 
qu'invendables. 

A l'heure actuelle, malgré la sélection que nous opé- 
râmes lors des reprises, en 1902, nos magasins sont encore 
fournis d'anciens articles d'échange d'un écoulement plus 
que laborieux. 

Nous décidâmes, en conséquence, de ne plus expédier 
que les marchandises conformes aux besoins actuels de 
l'indigène, qu'il puisse se |)rocurer facilement, nous réser- 
vant d'introduire de nouveaux articles au fur et à mesure 
de ses progrès et de ses besoins nouveaux. 

En opérant ainsi, nous croyons agir logiquement et 
dans l'intérêt même de l'indigène. 

Toutes nos marchandises sont tarifées à leur prix de 



- 48 - 

revient à destination et cédées aux indigènes à ce prix. 
L'agent ne peut ni le majorer ni le réduire. 

Un contrôle sévère des magasins et des livres rend 
toute fraude difficile, si pas impossible. 

Recrutement. 

La question du recrutement a une importance capitale. 

Les meilleures intentions sont stériles, les ordres les plus 
sages, inutiles, la surveillance, inefficace si le personnel 
employé n'apporte pas dans l'accomplissement de sa tâche 
le souci de bien faire. 

L'agent au Congo vit dans un état d'indépendance rela- 
tive. On doit pouvoir compter sur ses qualités morales, 
son zèle, son initiative, son humanité. 

11 faut pour l'Afrique des caractères trempés, des 
hommes de sang-froid et de courage qui résistent à 
l'affolement, à la peur, aux forces déprimantes du climat, 
de la fièvre et de la solitude. 

L'indigène a les caprices et les revirements d'un enfant, 
il est impressionnable, superstitieux, irréfléchi. Il faut 
savoir le conduire, ne pas trop vite s'effrayer de ses que- 
relles, ni de l'attirail de guerre qu'il n'abandonne jamais, 
rester calme devant ses menaces et indulgent devant ses 
erreurs. 

Tout cela suppose chez l'agent des qualités multiples 
et précieuses au sujet desquelles on n'est guère renseigné 
qu'après expérience. 

Nous apportons la plus grande circonspection dans le 
choix de nos agents. 

Chaque candidature fait l'objet d'une étude consciencieuse 
qui écarte, à priori, toute proposition douteuse. 

L'agent engagé est soumis, avant son départ, à une 




En poste. 




Au beach. 



— 51 - 

visite médicale sévère et n'est autorisé à s'embarquer que 
s'il est sain et robuste, que s'il paraît réunir toutes les 
conditions requises. 

Le personnel d'Afrique, clercs, artisans, travailleurs, est 
engagé par contrat. 



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Lavader. 



Ce contrat, dûment signé devant témoins, mentionne 
toutes les conditions de l'engagement, salaire, durée, travail 
exigé, etc. 

Il est remis à chaque engagé un livret de compte où 
sont inscrits au fur et à mesure le salaire dû et les 
avances reçues. 

Les travailleurs salariés, charpentiers, marins, forgerons, 



- 52 - 

clercs, etc. etc., gagnent de 40 à 150 francs par mois 
selon les services qu'ils peuvent rendre. 

Le salaire des engagés ordinaires est de trois brasses 
de tissu fort dans la région de Lusambo, Luluabourg et 
Luebo n. 

Il est de quatre brasses en aval du confluent du Kasai- 
Sankuru. 

Les rengagés gagnent davantage, et à ceux qui ont 
pratiqué un métier, nous payons 8 à 12 brasses par mois. 

Ravitaillement des agents blancs. 

Le ravitaillement des agents blancs en Afrique est 
Tobjet de tous nos soins. 

Nous estimons, en effet, que sous ce climat déprimant 
de rAfrique, Thomme a besoin d'une nourriture saine, 
abondante et variée. 

Indépendamment des vivres frais (légumes et viande) 
qu'il est autorisé à acheter, chaque agent reçoit réguliè- 
rement un ravitaillement de légumes, de farine, de con- 
diments, de vins, de Champagne, de cordiaux, etc., etc. 

Tous ces articles sont de toute première qualité et 
portent les meilleures marques. 

Nous avons la satisfaction de constater que nos agents 
s'en déclarent satisfait^. 

Surveillance. 

La surveillance est exercée par les chefs de secteurs. 

Ceux-ci veillent à ce que les ordres directoriaux soient 
exécutés, à ce que les agents se conforment aux règle- 
ments et instructions de la Compagnie, aux lois et 
circulaires de l'Etat. 



(•) La brasse est de 2 yards sur 36 inches. Elle vaut de i fr. 10 
à I fr. 70 selon la qualité du tissu. 







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a 



- 55 - 

Ils sont responsables de Tordre, ils interviennent auprès 
des indigènes en cas de différend, ils explorent et orga- 
nisent le champ d'action de la Compagnie, d'accord avec 
la Direction d'Afrique, qu'ils renseignent mensuellement 
sur la marche des affaires, sur tous les incidents qui se 
produisent, sur les faits et gestes des agents sous leurs 
ordres . 

Ils visitent, au moins cinq fois par an ceux-ci, inspectent 
leurs factoreries et postes. 

Lors de chaque visite, ils établissent un procès-verbal 
et Inspection qu'ils transmettent en Europe, par l'intermé- 
diaire de la Direction d'Afrique. 

Afin d'être renseignés, chaque fois, sur tous les points 
intéressants, afin d'éviter les oublis et de recevoir de tous 
nos postes la même documentation, nous avons rédigé 
ces procès-verbaux sous forme de questionnaire. 

Ils forment une brochure de trente-trois pages et com- 
portent outre les demandes de renseignements généraux, 
cent trente-huit questions classées en douze chapitres : 



Le chapitre 


I a 


trait 


à l\'mp lacement des postes; 


« 


II 


W 


aux renseignements généraux sur 
la région; 


w 


III 


n 


aux agents européens et à leur con- 
duite vis'à-vis des indigènes; 


»; 


IV 


w 


au personnel noir; 


•; 


V 


w 


au commerce; 


n 


VI 


w 


aux bâtiments; 


»; 


VII 


n 


aux cultures alimentaires, basse- 
cour et chèvrerie; 


w 


VIII 


n 


au ravitaillement; 


« 


IX 


w 


à la marine et aux transports; 


n 


X 


n 


à V armement; 



- 56 - 

Le chapitre XI a trait à la comptabilité; 

„ XII „ aux relations des agents de la Com- 

pagnie avec les agents de If Etat. 

Ainsi sont abordés tous les domaines. 

Les quelques questions que nous reproduisons ci-après 




Intérieur de factorerie. 



et qui sont prises dans différents chapitres indiqueront la 
nature et la tendance générale des investigations auxquelles 
doit se livrer un chef de secteur ou un inspecteur visitant 
un poste. 

III . — Quel est l'état de santé des agents ? 
Leur conduite est-elle d'un bon exemple pour les indi- 
gènes ? 



- 57 - 

Traitent-ils ces derniers avec douceur et patience ? 

IV, — Les travailleurs reçoivent-ils régulièrement leur 
salaire et leur ration? 

Donne-t'on au personnel indigène du poste des facilités 
pour cultiver à son profit? 

N'impose-t'On pas de corvées aux travailleurs les jours 
et heures de repos? 

Les clercs et artisans noirs du poste n abusent-ils pas de 
l'ignorance des indigènes ? 

V. — Quelles mesures avez-vous éventuellement prises 
pour améliorer la qualité des produits récoltés par le poste ? 

Prend-on soin de classer le caoutchouc ? 
(Le caoutchouc poisseux ne peut être acheté pas plus que 
le caoutchouc pilé,) 

VL — Les habitations du personnel en général sont- 
elles spacieuses et confortables? 

Les bâtiments ont-ils les dimensions indiquées par les 
instructions générales? 

Les règles de l'hygiène y sont-elles observées ? 

L'ordre et la propreté régnent ils dans le poste? 

A-t'On construit une habitation pour isoler les malades 
atteints de maladie contagieuse? 

VIL — Comment est le potager ? 

Quels sont les légumes indigènes et les légumes d'Europe 
qu'on y cultive ? 

De quoi se compose la basse-cour du poste et quels 
efforts fait-on pour l* augmenter ? 

VIII, — Le ravitaillement des agents s'effectue-t-il con- 
venablement ? 

IX, — Le poste est-il suffisamment visité par les steamers 
de la Compagnie? 



- 58 - 

X, — Les prescriptions relatives aux armes et munitions 
sont-elles strictement observées? 

XL — Le chef de poste possède-t-il un contrat ou une 
licence pour chacun des travailleurs qu'il emploie ? 

XIL — Les agents du poste entretiennent-ils de bonnes 
relations avec l'autorité locale? 

Les agents de l'Etat n ont-ils pas (t observations ou de 
remarques à faire au sujet de nos agents ou des indigènes 
à propos de leur façon de commercer ou de récolter ? 

Trois inspecteurs, toujours en route, veillent à ce que 
les chefs de secteurs remplissent convenablement leur 
mandat. Ils sont (comme les chefs de secteurs, du reste) 
chargés de s'enquérir auprès des indigènes des sujets de 
plaintes qu'ils pourraient avoir à présenter contre nos 
agents. 

Les gérants et les chefs de secteurs sont responsables 
de la bonne marche des différents services de leurs fac- 
toreries. 

Ils ont à connaître leur champ d'action, à visiter les 
chefs indigènes, à entretenir les meilleures relations avec 
eux, à s'en créer de nouvelles, à recueillir les produits 
indigènes contre payement équitable, déterminé d'avance 
par la Direction d'Afrique, selon l'espèce, la valeur et la 
qualité des produits. 

Ils fournissent mensuellement leurs rapports à la Direc- 
tion. 

Comme on le voit, la surveillance s'exerce partout sur 
la conduite de nos agents envers les indigènes, sur leurs 
opérations et sur tous leurs actes indistinctement. 



-^ 59 - 

Les services de la Compagnie en Afrique. 
Transports. 

Nous nous sommes expliqués au sujet des transports; 
nous n'y reviendrons pas. 




Chargement d'un steamer. 



Comptabilité. 

Chaque gérance, chaque poste de transit, chaque steamer 
a sa comptabihté propre qu'il clôture à la fin du mois 
pour la transmettre à la Direction à Dima qui, après 
vérification, l'expédie en Europe où elle est centralisée 
dans les livres officiels de la Compagnie. 



- 60 - 

Pour ce service encore, le contrôle est donc absolu et 
constant. 

Le journal des factoreries renseigne, en même temps 
que les opérations comptables, les faits journaliers de 
quelque importance. 



%^£f^. 




En construction. 



CHAPITRE V. 



Résultats obtenus. 
Occupation. 

Grâce aux reconnaissances de nos agents, nous avons 
acquis une connaissance des lieux, des forêts et des voies 
de communication du bassin du Kasai qui nous permet de 
déterminer les endroits où il convient d'installer des facto- 
reries pour la judicieuse répartition de nos efforts et pour 
l'exploitation économique de notre champ d'action. 

Dans les contrées fatiguées, qui se ressentaient des années 
où a sévi la concurrence, nous avons réduit nos efforts, 
pour les porter vers les régions inconnues du Sud et de 
rOuest. 

Nous occupons aujourd'hui le Sud-Ouest du Bassin du 
Kasai jusqu'au 7** environ. 

Nos agents y ont atteint Djakatunda sur le Yambésé, 
affluent du Kwengé (notre carte ne renseigne pas encore 
cette localité, d'occupation toute récente, et située à 
6° 60' Sud environ). 

Jusqu'à cette latitude, tout le pays entre l'Inzia et le 
Kwilu a été reconnu et exploré. 

Les progrès de notre occupation dans cette région sont 
absolument remarquables. 



- G2 - 

La région entre le Kwilu et la Kantsha, Tune des plus 
difficiles et des plus dangereuses, a été entamée. 

Pour la première fois, Eiolo et Luanu ont été rejoints 
de même que Madina et Mitshakila. 

La haute Kantsha est entièrement occupée; d'importantes 




Installation d'un poste. 



reconnaissances ont été dirigées sur la rive gauche de 
cette rivière. 

Le travail dans les régions situées entre le 19** et le 
20^ de longitude Est (bassins de la Lié et de la Lubué) 
jusqu'au 7° parallèle environ a été des plus actif et des 
plus fécond en résultats. 

Cette région est entièrement occupée. 

Les territoires de la rive droite du Kasai, entre les 
longitudes de Lubué et de Dima, ont été explorés. Jusqu'à 



- 63 - 

présent nous n'y occupons que la partie comprise entre 
les 18*» et 19*». 

Tout le nord, en amont de Bena-Bendi a été visité. 

Dans le triangle formé par le Sankuru, le 5"* parallèle 
et le Lubefu, plusieurs reconnaissances ont été faites avec 
succès ; les factoreries qui l'entourent exploitent l'intérieur 
de ce triangle. 

Une grande partie des régions du Sud jusqu'au Dilolo 
ont été parcourues par des agents spécialement désignés 
à cet effet. Plusieurs factoreries y ont été créées. 

n reste là beaucoup à faire encore, mais il semble que 
nos efforts ne seront pas stériles. 

De ce côté, nous nous heurtons à des diflicultés de 
communications, à certaines populations férocement hostiles, 
comme les Kawandas, et aux fraudeurs Kiokos qui depuis 
des années trafiquent dans ces régions. 

Partout, dans l'extrême Sud, ceux-ci se livrent à la 
contrebande et à la traite. A mesure que notre occupation 
s'étend, ils reculent mais non sans instiguer les indigènes 
contre nous. 

Les difficultés que nous avons à vaincre sont ainsi consi- 
dérablement augmentées, malgré cela nous arrivons à les 
surmonter. En moins de cinq années nous avons étendu 
notre influence jusqu'à 150 kilomètres des frontières Sud- 
Ouest de l'Etat et jusqu'au 9"* de latitude Sud du côté du 
Dilolo. 

Dans le Haut Kasai, la Haute Lulua, la Haute Luébo et 
dans d'autres rivières encore, des expéditions combinées 
poursuivent la reconnaissance du pays et sa mise en valeur. 

Notre carte parlera pour nous des autres régions. 

La rivière Lubudi a été reconnue jusqu'à son confluent 
avec la Mazangoma. 



- 64 - 

La Lubefu a été remontée par steamer jusqu'à la facto- 
rerie de Mukundji. 

Nous les utilisons toutes deux pour nos transports, ce 
qui nous a permis de supprimer radicalement le portage 
dans ces contrées et de mettre en valeur certaines parties, 
jusqu'alors improductives, des régions qu'elles traversent 

Dans la Lubi, le steamer „La Lys" a atteint aux eaux 
hautes Molowaye (Lac Foa). 

En tous temps, nous pouvons atteindre Bakwa-N'Gombé. 

Sur le Haut Kasai, des biefs navigables importants ont 
été reconnus; ils seront utilisés. 

Bref, il n'est pas une rivière dont nous ne fassions faire 
le relevé, dont nous ne cherchions à tirer parti et nos 
découvertes successives ont eu tout d'abord l'immense 
avantage de réduire le portage dans des proportions 
inattendues. 

L'examen de la carte ci-annexée montrera du reste quel 
travail considérable d'exploration et d'occupation a été 
accompli depuis 1901 par la Compagnie. Elle peut en cela 
revendiquer l'honneur d'avoir secondé vigoureusement 
l'Etat. 

Cette carte a été établie exclusivement sur les indications 
recueillies par nos agents; leurs itinéraires portent leurs 
noms. 

Les localités qu'ils n'ont pas visitées n'y figurent point. 

Chacun d'eux a apporté ainsi sa part de collaboration à 
ce document géographique qui déjà n'est plus complet» 
chaque courrier d'Afrique nous apportant de nouveaux 
itinéraires et de nouvelles découvertes. 

Chacun d'eux a travaillé dans sa sphère à l'exploration 
et à l'occupation des territoires du Kasai. 

C'est avec fierté, c'est avec joie, que nous rendons ici 
hommage à notre Direction d'Afrique, à tous nos agents 




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- 67 - 

qui depuis notre constitution ont travaillé et travaillent au 
Kasai. 

C'est avec une émotion poignante que nous songeons à 
ceux qui sont morts à la tâche et qui dorment sous la 
terre chaude leur dernier sommeil. 

L'œuvre qu'ils ont accomplie jusqu'ici, silencieusement, 
vaillamment, est énorme. 

Nous l'opposons à tous ceux qui d'un cœur léger les 
accusent aujourd'hui de violence et de spoliation. 

Ce dur travail d'exploration, de reconnaissance, d'avan- 
cement absorbe depuis cinq années l'activité des deux 
cinquièmes de nos agents européens. 

La mise en valeur d'une contrée ne peut se faire que 
lentement pas à pas, elle exige de la patience, de la pru- 
dence, de la ténacité, de lourds sacrifices, les factoreries 
nouvelles coûtent plus qu'elles ne rapportent, mais qui veut 
récolter doit semer. 

Dima. 

Cette monographie serait incomplète si nous ne disions 
quelque mots de Dima, siège de la Direction, àme de notre 
organisation en Afrique. 

Placée au point de jonction de toutes les voies navigables 
du Kasai, elle commande les territoires de notre champ 
d'action . 

Une petite ville pittoresque et laborieuse s'est édifiée 
en cet endroit autrefois désert et sauvage. 

Toute une population s y est installée, et ce n'est pas 
une mince surprise pour le voyageur que la découverte 
en pleine Afrique de cette petite cité européenne, de ce 
petit port fluvial où les steamers se succèdent régulière- 



- 68 - 

ment, où se transitent, chaque année, pour des millions 
de marchandises et de produits. 

C'est là qu'arrivent toutes les nouvelles d'Europe et que 
se centralise toute notre vie commerciale du Kasai. 

Dima ravitaille par ses steamers tout le champ d'action 
de la Compagnie (plus de 60 factoreries et postes) et 
transite plus de 3000 tonnes de marchandises et de pro- 
duits annuellement. 

Dima possède des magasins spacieux, des ateliers de 
réparations, de construction, de montage, de forges, de 
briqueteries, de charpenterie et de menuiserie ; un slip, 
des habitations confortables construites en briques, pour- 
vues de tout le confort possible là bas, téléphone, chambre 
frigorifique, piano, billard, etc., etc. 

On y vit à l'européenne. 

Douze agents blancs et plus de 300 travailleurs noirs y 
ont leur résidence. 

Qualité du Caoutchouc. 

Nous nous bornerons, pour montrer l'amélioration de la 
qualité des caoutchoucs du Kasai, à reproduire les attes- 
tations publiées depuis 1902 par les courtiers dans leurs 
revues annuelles du marché. 

1Ç02. — L'année iço2 a été pour notre Compagnie une 
année dt organisation. Presque tout le caoutchouc récolté en 
ipo2 fut vendu en içoj. 

190J, — (Circulaire des courtiers Grisar et C^J. 

„Les soins les plus éclairés apportés à la récolte et à la 
manipulation plus consciencieuse de t article, spécialement 
en ce qui concerne le mode (Remballage, ont donné comme 
résultat des produits plus homogènes et mieux conditionnés 
dont la vente s'est effectuée avec la plus grande facilité, ^^ 




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— 71 - 

^Dans la région du Kasai, entre-autres, une amélioration 
sensible s'est manifestée dans la qualité de la gomme 
grâce aux efforts du syndicat; aussi ces produits rencon- 
trent-ils aujourd'hui toute la faveur des acheteurs. 

IÇ04, — (Circulaire des courtiers Grisar et O). 

„Quani à la qualité des produits africains, celle-ci 
s'améliore grâce aux soins éclairés qui président aujour- 
d'hui à l'instruction des noirs. 

„Les gommes les plus appréciées sont toujours celles 
du Kasai et de l'Equateur; aussi ont-elles atteint cette 
année les plus hauts cours connus, soit fr. 11.50 et 11.75." 

içoj. (Circulaire des courtiers Grisar &> C"",) 

y, Les mesures sévères édictées par tEtat du Congo en 
vue d* enrayer les abus que ne manqueraient pas de produire 
une exploitation exagérée et l'appauvrissement des forêts 
domaniales ont eu pour effet de limiter les exportations à 
un taux normal, mais régulier J^ 

„Les efforts des producteurs se portent surtout sur r amé- 
lioration des produits récoltés et sous ce rapport un nou- 
veau et réel progrés a été accompli au Congo, 

„Les plus beaux caoutchoucs proviennent toujours des 
districts du Kasai, de l'Equateur, du Lomami, de l'Uelé 
et de la Nongala." 

Cultures. 

Le service des cultures prend, de jour en jour, une 

importance plus considérable. 

Il comprend cinq grands centres de cultures : 
Bolombo, Bena-Makima, Madibi, Munungu, Lukombé- 

Madibi. 



- 72 - 

Quatre de ces postes travaillent exclusivement aux re- 
plantations fiscales ; le cinquième s'occupe de la culture 
du Funtumia elastica, exclusivement au profit de la Com- 
pagnie . 

Tout un personnel spécial, sous la surveillance d'un chef 
expérimenté, est employé à ces cultures. 

Indépendamment de cela, des potagers existent dans 
presque tous nos postes et nous avons installé au Nord 
de Dima une ferme destinée à la culture des plantes 
alimentaires et à l'élevage. 

Potagers. 

Dans chacune de nos factoreries un potager a été 
créé à l'usage des agents européens. 

Régulièrement, ceux-ci reçoivent d'Europe les semences 
nécessaires. 

Nous avons ordonné la création de ces potagers, non 
dans un but d'économie, mais parce que nous estimons 
que la meilleure conserve ne vaut pas le légume frais et 
nous sommes en ceci d'accord avec les médecins. 

Les travailleurs de chaque poste sont également engagés 
à entreprendre des cultures vivrières à leur profit exclusif. 

Nous leur prêtons toute l'aide désirable, nous leur 
accordons toutes les facilités possibles. 

Chaque poste arrive ainsi insensiblement à se suffire. 

L'indigène s'accoutume à des idées de prévoyance, 
d'ordre et d'économie, il s'attache davantage au blanc 
dont il apprécie le concours. 

Nos factoreries deviennent de petits villages dont il 
finit par aimer la sécurité et le confort. 

Nos postes de plantations et de cultures, placés comme 



- 73 - 

ils le sont sous la surveillance de spécialistes européens, 
sont — en fait — de véritables écoles où les indigènes 
vont apprendre la culture des essences à caoutchouc et 
se perfectionner dans celle des plantes alimentaires. 

Ireh. 

Ainsi que nous le disons plus haut, nous avons entre- 
pris non loin de Madibi, à Lukombé-Madibi, dans une 
contrée fertile et peuplée, de grandes plantations d'Ireh 
(funtumia elastica). 

Les terres que nous utilisons à cet effet nous sont don- 
nées en location avec option d'achat. 

Notre Compagnie possède à l'heure actuelle plus de 
200.000 Funtumia cultivés. 

Nous comptons planter un minimum de 500 hectares 
annuellement. 

Caoutchouc des herbes. 

Nous avons fait des essais de plantation de caoutchouc 
des herbes qui n'ont pas donné jusqu'ici les résultats que 
nous en attendions. 

De nouvelles expériences vont être tentées. 

Ce caoutchouc, un peu négligé autrefois parce qu'il se 
vendait à bas prix, retient aujourd'hui fortement notre 
attention. 

La Ferme de Dima. 

L'élevage du gros bétail en Afrique, est un problème 
excessivement complexe. 

Et s'il mérite une attention toute spéciale, il exige aussi 
de longues et patientes études . 



~ 74 - 

En abandonner le soin à des gérants, sollicités par 
tant de travail déjà, était courir à un échec certain. 

Nous fîmes donc construire au Nord de Dima une 
ferme chargée d'entreprendre des essais d'élevage, de 
cultures, et placée sous la direction d'un spécialiste. 

L'emplacement avait été soigneusement choisi. 

U fournissait de l'eau potable, du fourrage, du bois, la 
terre y était fertile, la mouche tsé-tsé, inconnue. 

Les expériences se multiplièrent. 

Les cultures maraichères donnèrent de bons résultats, 
mais le bétail fut décimé pour des causes que l'on ne 
parvint pas à établir. 

Ce premier échec dûment constaté, nous prescrivîmes 
à notre Direction de rechercher $ans retard un autre 
emplacement, estimant que seules les conditions locales 
étaient en cause. 

Nous attendons les résultats de cette nouvelle expérience. 

Notre intention est aussi de créer au Pool une grande 
ferme, pourvue d'un outillage mécanique pour la culture 
de plantes alimentaires et de rapport. 

Replantations fiscales. 

Nous avons jusqu'ici satisfait, sans difficulté aucune, à 
la loi sur les replantations fiscales. 

Nos quatre postes de replantations comportent actuel- 
lement plus de deux millions de lianes cultivées. 

Service médical. — Hygiène. 

Deux médecins sont spécialement engagés au service de 
la Compagnie en Afrique. 
Ils donnent leurs soins au personnel blanc et noir. 




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- 77 - 

Ils sont chargés en outre d'étudier les maladies tropicales 
et de prescrire, dans les cas d'épidémie, les mesures de 
prophylaxie qui s'imposent. 

Chaque agent est pourvu d'une petite pharmacie et 
possède des instructions touchant son emploi. 

Chaque factorerie reçoit de Dima les médicaments qui 
lui sont nécessaires. 

Le soin apporté à déterminer l'emplacement des facto- 
reries dans des endroits salubres, les mesures d'hygiène 
et de propreté prises dans chaque station, la facilité avec 
laquelle on s'y procure des vivres frais contribuent, dans 
une large mesure, à combattre les influences climatériques. 

Nous avons fait construire partout des habitations pour 
les indigènes atteints de maladie contagieuse. 

La maladie du sommeil sévit dans certaines régions du 
Kasai . 

De l'enquête à laquelle nous nous sommes livrés, il 
résulte que cette maladie est localisée et moins répandue 
qu'on ne se l'imaginait. 

En attendant que la science lui ait trouvé un remède, 
nous avons prescrit de sévères mesures de prophylaxie. 

Nous avons voté, pour quatre années, un subside annuel 
de cinquante mille francs pour encourager les recherches 
des savants qui se livrent à l'étude du fléau. 

Notre Compagnie subsidie encore : 

L'Institut de Bactériologie de Léopoldville; 
Llnstitut de médecine tropicale de Liverpool et la Villa 
Coloniale de Watermael. 

Nous avons en outre décidé l'installation dans tout le 
Kasai d'hôpitaux pour noirs. 



- 78 - 



Missions religieuses. 

Par voie de subsides ou autrement, la Compagnie vient 
largement en aide aux missions religieuses du Kasai qui 
s'adressent à elle. 

Elle emploie leurs catéchumènes, là où c'est pratique- 
ment possible, dans certains postes de cultures, dans les 
ateliers de vannerie, dans les postes de bois. 

Ces catéchumènes sont salariés et engagés régulièrement 
comme tous nos autres travailleurs. 



Missions scientifiques d'études et de reconnaissances. 

Les différentes missions scientifiques qui se sont rendues 
dans le Kasai depuis notre occupation ont toujours trouvé 
chez nous l'aide la plus efficace et la plus entière. 

Nous n'avons pas hésité, dans l'intérêt général d'en agir 
ainsi, de prendre à notre charge l'hébergement, les trans- 
ports des personnes et des charges de ces missions, de les 
faire bénéficier de la connaissance que nous avons acquise 
du pays, de ses routes, de ses ressources, de leur faciliter 
leur tâche par tous les moyens en notre pouvoir. 

L'Etat nous a marqué à plusieurs reprises sa confiance 
sous ce rapport, en recommandant à notre bienveillance 
des missions étrangères. 

Nous estimons, du reste, n'avoir fait en ceci que notre 
devoir très strict. 




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- 81 - 



Recherches botaniqueSy zoologiques et minéralogiques. 

Nous avons créé un service d*études scientifiques dont 
la mission est d'examiner les échantillons botaniques, zoo- 
logiques ou minéralogiques recueillis par nos agents et de 
faire toutes recherches qui seraient jugées intéressantes, tant 
au point de vue scientifique qu'au point de vue commercial. 

Nous remettons au Jardin botanique de Bruxelles toutes 
les collections botaniques, herbiers et échantillons que nous 
recevons d'Afi-ique. 

Des recueils spéciaux mentionnent notre part de colla- 
boration à Tétude de la flore congolaise. 

Dans le domaine de la minéralogie et de la zoologie, 
les découvertes ont été jusqu'à ce jour de peu d'impor- 
tance. 

A part le fer, dont l'existence est reconnue en beaucoup 
d'endroits, la contrée ne parait présenter, au point de vue 
minéralogique qu'un intérêt secondaire. 

Nous n'en recueillons pas moins tous les sables, quartz 
et autres formations géologiques présentant un intérêt 
quelconque. 

Ces échantillons sont soumis à l'examen des spécialistes. 

Nous leur avons remis, entre autres choses, des sables 
de la Lié que l'on croyait aurifères et des fragments de 
lignite découverts aux environs de Dima. 

Des études faites ici et sur place ont démontré qu'il ne 
s'agissait en l'espèce que de phénomènes accidentels et 
nullement de gisements ou d'alluvions. 

La faune du Kasai est déjà fort connue. 

Nous n'avons fait, jusqu'à présent, dans ce domaine, 
aucune découverte digne d'être signalée. 



- 82 - 

Depuis une année, nous réunissons ici les objets de 
collection, les documents ethnographiques, les échantillons 
de minerais, de bois, de gommes, les photographies, inté- 
ressant plus spécialement le bassin du Kasai, dans l'inten- 
tion de constituer un musée où pourront quelque jour 




Steamer avec son chargement de bois. 



venir se documenter les savants, les industriels et les 
commerçants. 

Nous comptons, ce faisant, rendre service dans la mesure 
de nos moyens, à l'œuvre congolaise. 



- 83 -- 

Postes de Bois. 

Pour ravitailler nos steamers en bois de chauffage dans 
les rivières du Kasai, des postes de bois ont été éche- 
lonnés le long des voies navigables. 

Des travailleurs s y livrent à la coupe et au chargement 
du bois. 




Vanniers. 



Ces travailleurs sont, eux aussi, régulièrement engagés 
salariés, nourris et logés par la Compagnie. 

Vannerie. 

Tout un petit monde de vanniers fabrique annuellement 
pour la Compagnie plus de 50,000 paniers nécessaires à 
l'emballage des produits. 



- 84 — 

Ce n'est que dans les régions (et elles sont rares) où 
le cody (calamus rotang) ne se rencontre pas, que nous 
avons recours à l'emballage en sacs. 

Nous ne prétendons certes pas avoir créé l'industrie de 
la vannerie dans le bassin du Kasai où elle est depuis 
si longtemps en honneur, mais nous lui avons fourni un 
débouché. 

Nos vanniers habitent la factorerie, ils sont, comme 
tous nos travailleurs, engagés librement et régulièrement. 

Résultats financiers. 

Les bilans que nous publions chaque année montrent 
quels résultats nous avons atteints, quels progrès nous 
avons réalisés et comment nous avons consolidé la situa- 
tion financière générale de la Compagnie. 

Nos bénéfices ont été : 

En 1902 de Fr. 1,210,706.23; 
En 1903 de „ 3497»393oi »* 
En 1904 de „ 5»334»797-o6; 
En 1905 de „ 7»543»o84-98. 
La progression croissante de ces bénéfices est due : 

1° A l'économie de notre exploitation ; 

2° A l'augmentation de nos récoltes correspondant à 
l'extension de notre champ d'occupation ; 

3° A l'amélioration de la qualité de nos produits; 

4^ A la fermeté du marché du caoutchouc et de la 
hausse constante et inattendue des prix de vente. 

Selon les espèces, ces prix ont augmenté depuis 1902 
de Fr. 2.50, de 3 et de 4 francs au kilo. 

Nos bénéfices ont donc suivi surtout et fort naturelle- 
ment les fluctuations du marché. 



_ 85 - 

Les sommes payées sur ces bénéfices aux sociétés 
contractantes s'élèvent à fr. 7,035,000, ce qui correspond 
à un intérêt annuel de 11 °/o servi au capital engagé dans 
la Compagnie du Kasai. 

Voilà la rémunération de leurs apports, de leur renon- 
ciation à tout commerce dans le bassin du Kasai, de la 
cession de tout ce qu'elles y possédaient (factoreries, ma- 
tériel, outillage), de l'abandon de la situation qu'elles ont 
apportées à la Compagnie du Kasai. 

Voilà ce que nos détracteurs ont appelé des bénéfices 
monstrueux et immoraux. 

Un simple calcul montrera l'importance du concours 
financier apporté à TKtat par la Compagnie. 

Avions-nous tort d'écrire que la constitution de la Com- 
pagnie du Kasai fut un bien, non seulement pour le com- 
merce, pour les Sociétés, mais aussi pour la civilisation, 
pour l'État ? 



CHAPITRE VI. 



Réponse aux attaques dont la Compagnie 
a été Tobjet. 

Les attaques contre la Compagnie du Kasai sont de 
date récente. 

Avant la publication du rapport de la Commission 
d'enquête et l'incroyable campagne qui s'ensuivit, ni la 
presse ni les publicistes ne s'étaient guère occupés d'elle. 

Les premières attaques dont nous fûmes l'objet nous 
surprirent. 

Mais, en y réfléchissant, nous comprîmes bientôt qu'elles 
faisaient partie d'un plan d'ensemble que, pour rester 
logiques, les détracteurs de l'Ltat ne pouvaient ni admettre 
le principe de notre constitution, ni reconnaître les avan- 
tages de notre organisme. 

Il fallait préparer notre déchéance, cette déchéance que 
l'on demande déjà publiquement pour d'autres Sociétés. 

Il fallait trouver des griefs. 

On en chercha. 

Pas plus qu'aucune œuvre humaine la nôtre n'échappe 
à la critique. 

Et nous avons fait aussi des mécontents : la jalousie, la 
rancune et la haine ont trouvé place parmi eux. 



-SS- 
II était naturel d'exploiter ce mécontentement. 

On n'y a pas manqué. 

Alors qu'il était si simple de s'adresser à nous si Ton 
avait réellement envie de se documenter sérieusement, 
de rechercher impartialement la vérité I 

Nous eussions mis nos archives à la disposition des 
chercheurs, à la rigueur nous les eussions aidés à se rendre 
sur place s'instruire de visu^ rechercher la vérité pour la 
proclamer avec toute l'autorité nécessaire. 

Mais non, on s'attarde à chercher à côté, là où l'on 
sait trouver d'utiles complaisances. Et l'on se contente 
de cela pour parler au nom de l* humanité et des intérêts 
généraux ! 

Quoiqu'il en soit, nous prendrons leurs accusations 
telles quelles et nous y opposerons nos réponses. 

Qu'on nous permette, toutefois, de faire, avant tout, 
une constatation générale : 

C'est que jamais, au cours des débats où nous fûmes 
mêlés, nos adversaires n'apportèrent une preuve quelconque 
de ce qu'ils avançaient contre nous. 

Jamais, en dépit de notre insistance et de nos mises en 
demeure, le nom d'un témoin ne fut cité, jamais on ne 
nous opposa un fait précis, démontré par des documents 
signés, confirmé par des témoignages. 

Des personnes qui n'ont rien vu de l'Afrique, qui n'ont pas 
contrôlé les renseignements qu'ils reçoivent, qui acceptent 
comme parole d'Évangile ce qu'on leur raconte, des com- 
pilateurs plus patients qu'avertis, voilà qui fait le monde 
de nos détracteurs. 

Nous affirmons, donc vous avez tort. 

C'est, dégagée de toute phraséologie, la contexture de 
l'argumentation qui nous a été opposée jusqu'ici. 

Malgré cette pauvreté dans la preuve, malgré l'erreur 



- 89 - 

de pareille campagne, nous ne voulons négliger aujour- 
d'hui aucun des prétendus griefs formulés contre nous. 

Déjà notre comité permanent s*est expliqué et a mis à 
néant, preuves en mains, les allégations formulées contre 
notre Compagnie, déjà il a fait justice dans la presse belge 
et étrangère des calomnies publiées. 

Nous y revenons une fois encore. 

Les griefs que Ton nous fait peuvent se ranger dans 
trois catégories essentielles : 

1° L'imposition en croisettes; 

2° Les expéditions militaires; 

3° La récolte du caoutchouc pilé ; 

4° La spoliation de Tindigène. 

Pour étayer les deux premiers, certains polémistes ont 
invoqué les passages ci-après du rapport de la Commis- 
sion d'enquête : 

„Dans la plus grande partie du bassin du Kasai, les 
„nombreuses Sociétés qui y étaient installées se sont syn- 
„diquées, supprimant ainsi la concurrence, et ont formé la 
^Compagnie du Kasai (C. K.). Celle ci qui a été réorga- 
„nisée sur la base d'une „société congolaise'', n*a, néan- 
„moins, pas reçu de concession proprement dite, comme 
„rAbir ou la S. C. A. Ses représentants n*ont pas davan- 
„tage été commissionnés pour lever Timpôt. Elle ne peut 
„donc récolter le caoutchouc et les autres produits de la 
„forêt qu'en traitant directement avec l'indigène". 

„Mais si, en droit, l'indigène est entièrement libre de 
„récolter ou de ne pas récolter, de vendre ou de ne pas 
„vendrc du caoutchouc, en fait il se trouve, tout au moins 
„dans le bassin du Sankuru, indirectement contraint à se 
„livrer à la récolte de ce produit. En effet, il est assujetti 
„à l'impôt vis-à-vis de l'Etat. Or, cet impôt doit être payé 
„dans la monnaie locale, appelée „croisette"; et cette mon- 



- 90 - 

„naie, le noir ne peut se la procurer que chez les facto- 
„riens, qui lui réclament du caoutchouc en échange." 

^Indépendamment de cette contrainte, on nous signale 
^différents abus auxquels donne lieu le système." 

„La quantité de caoutchouc que la Compagnie exige 
„en échange d'une croisette est plus ou moins laissée à 
„rarbitraire. De plus, le factorien, qui sait ou qui pressent 
„que rindigène ne travaillera plus à partir du jour où il 
„se sera procuré le nombre de croisettes suffisant pour 
„payer son impôt, a soin, la plupart du temps, de rémuné- 
„rer d'abord l'indigène en marchandises quelconques, autres 
„que des croisettes." 

„I1 semble résulter des renseignements recueillis par la 
„Commission, qu'en définitive le payement remis à Tindi- 
„gène en échange de son caoutchouc est inférieur à la 
„ rémunération allouée par l'État, dans les mêmes condi- 
„tions, aux récolteurs de son domaine privé et que, d'autre 
„part, la quantité de caoutchouc exigée est supérieure." 

2° „Les substituts nous ont signalé également des expé- 
^ditions armées entreprises par des agents des sociétés du 
„Lomami et du Kasai". 

Nous n'avons jamais eu l'occasion de nous expliquer ni 
de protester auprès de la Commission d'enquête qui n'a 
interrogé, du reste, ni notre direction d'Afrique, ni aucun 
de nos agents, ni nous-mêmes et qui n'a vu du Kasai que 
son embouchure, en passant. 

Dès que nous avons connu son rapport, nous nous 
sommes empressés d'adresser à la Commission chargée 
d'étudier les suggestions des enquêteurs une note de rec- 
tification. 

Cette note porte la date du 23 décembre 1905. Nous 
la reproduisons ci-après. 



- 91 - 

Pour relever les inexactitudes qu'il contient en ce qui 
nous concerne, nous n'avons donc pas attendu que nos 
accusateurs d'aujourd'hui s'emparent du rapport de la 
Commission d'enquête et le commentent. 

Nous ajouterons que l'imposition en croisettes, impôt 
existant avant notre Compagnie et qui n'a donc pas été 
décrété à son intention, ainsi qu'on l'a écrit, est radica- 
lement supprimé depuis longtemps. 

Il ne fut jamais appliqué qu'avec une très grande modé- 
ration et, chose piquante, dans les régions où il fut en 
vigueur les chiffres de récolte ont augmenté sérieusement. 

Note remise par la Compagnie du Kasai en réponse 
au rapport de la Commission d'enquête. 

Le rapport de la Commission d'enquête s'occupe, à 
plusieurs reprises, des concessions. L'impression que l'on 
ressent après lecture est, en fait, peu favorable. 

On y lit, notamment, que c'est dans les concessions que 
les abus les plus graves ont été constatés: contraintes, 
emplois de sentries etc. 

Les enquêteurs ont basé diversement leurs jugements : 
ils ont visité certaines concessions; ils ont jugé les autres 
d'après des rapports. 

Il leur était d'ailleurs impossible d'aller partout. 

Nous aimons à croire que, s'ils n'ont pas visité le bassin 
du Kasai, c'est que vraisemblablement ils savaient d'avance 
ne pas y rencontrer d'abus. 

D'autre part, le rapport établit une distinction entre les 
Sociétés concessionnaires qui ont le droit de récolter par 
impositions et celles qui, comme la Compagnie du Kasai, 



(') Ce droit est abrogé par les nouveaux décrets. 



— 92 - 

ne jouissent pas de ce privilège; mais cette distinction ne 
semble pas être assez nettement établie: elle échappe à 
ceux qui ne sont pas très au courant des choses d'Afrique 
et qui confondent ainsi toutes les Sociétés dans un môme 
sentiment de réprobation. 

D'un autre côté, les jugements portés, sur simple con- 
sultation de rapports, ne sont pas tous exacts. 

Deux fois, à propos des ^^Expéditions militaires" et des 
„Croisettes", et se basant sans aucun doute sur des 
enquêtes judiciaires ou des témoignages inconnus de nous 
le rapport met en cause la Compagnie du Kasai. 

Le Comité Permanent de la Compagnie a été d'avis 
que, dans l'intérêt de la vérité, il convenait de relever ces 
deux points. Il croit pouvoir affirmer en s'appuyant sur 
des documents et des témoignages indiscutables que la 
bonne foi des honorables enquêteurs a été surprise et que 
leur rapport, en ce qui concerne, bien entendu, ces questions, 
est entaché d'erreur. 

Il a également cru utile d'exposer, dans ses grandes 
Hgnes, la façon dont la Compagnie du Kasai rempht 
son rôle de commerçant, afin qu'il n'y ait plus d'équi- 
voque possible, afin de montrer que dans la partie des 
territoires de l'Etat dévolue à son activité (et l'étendue 
de cette partie est considérable), aucun des abus signalés 
par la Commission d'enquête n'existe, mais qu'au contraire, 
grâce au bienveillant concours de l'Etat, la plupart des 
desiderata formulés par elle s'y trouvent réalisés, ou en voie 
de réalisation. 

Expéditions militaires (rapport pages 220 et 221). 

Jamais, en aucune circonstance, les agents de la Com- 
pagnie n'ont entrepris „d'expéditions militaires". 



- 93 - 

Ils n'en ont pas les moyens, chaque factorerie ne 
disposant pour sa défense, que de cinq fusils (i). 

Ils n'y ont, au surplus, aucun intérêt, toute démonstra- 
tion violente ayant pour résultat immédiat d'enrayer le 
commerce pour tout un temps. 

Les incidents auxquels la Commission d'enquête fait sans 
doute allusion, datent de Juillet-Août 1903. 

A cette époque, un de nos chefs de secteurs, se porta au 
secours de ses gérants menacés à Béna-Luidi et à Yoko- 
Punda par les Bachilélés, qui venaient d'incendier la 
factorerie de Bachi-Chombé après en avoir attaqué le gérant 
à qui ils tuèrent plusieurs hommes. 

Des secours avaient été réclamés d'urgence à l'Etat. Ces 
secours n'arrivaient point. Cependant il fallait se défendre 
c'est ce que fit notre agent. 

L'enquête qui fut faite, à la suite de cette affaire, 
démontra que la révolte des Bachilélés avait été fomentée 
par un féticheur et que notre agent n'avait pas dépassé 
ses droits. 

Croîsettes (rapport page 233). 

Il n'est pas exact de dire que les indigènes ne pouvaient 
se procurer des croisettes que dans nos factoreries. 

La croisette est originaire du Katanga. 

Les indigènes pouvaient en acheter en quantité à Pania- 
Mutombo et dans les villages voisins du Katanga. 



(') Ce nombre a été augnient('^ liatis qtiehptes postes seulement àej^ms 
la révolte des Baknbas. 

Nous ferons incidemment remarquer que les règlements de TÉtat 
nous autorisent à détenir vingt-cinq fusils par factorerie. 

Par suite de certaines circonstances, nous n'avons jamais usé de 
cette autorisation, avant les incidents de 1903. 



- 94 - 

L'Etat payait assez fréquemment ses soldats en croisettes 
que les indigènes reprenaient, par exemple, contre vivres. 

Il est aussi inexact de dire que „la quantité de caout- 
chouc exigée par la Compagnie en échange d'une croisette 
était plus ou moins laissée à l'arbitraire". 

Cette quantité a toujours été rigoureusement fixée par 
la Compagnie, avec la plus stricte équité. Elle correspondait 
à la valeur intrinsèque de la croisette sur les marchés 
indigènes (^). 

Enfin, il est inexact de dire que nos factoreries rému- 
néraient d'abord l'indigène en marchandises quelconques 
autres que des croisettes afin de l'obliger à revenir 
ultérieurement chercher ses croisettes d'impôt. 

Les indigènes prennent, et ont toujours pris dans nos 
factoreries les marchandises qui leur conviennent et nous 
n'avons jamais eu ni les moyens, ni le dessein de les 
obliger à prendre telle marchandise plutôt que telle autre. 

Nous le démontrerions aisément au moyen de nos 
inventaires. 

Commerce. 

Notre Compagnie s'applique à faire respecter rigou- 
reusement par son personnel blanc et noir les règlements 
et lois de l'Etat; elle rédigea, dans cet ordre d'idées, des 
instructions précises; elle veille jalousement à ce qu'elles 
soient ponctuellement suivies. Ces instructions commandent 
le respect scrupuleux des droits des indigènes. 

Nous sommes heureux de pouvoir déclarer que, depuis 
notre constitution, la Justice n'a eu à sévir contre aucun 
de nos agents pour sévices ou mauvais traitements envers 
les indigènes. 



(*) Nous possédons à ce sujet une correspondance édifiante. 



- 95 — 

Cultures vîvrîères (rapport pages 173 et 174). 

Depuis plus d'un an notre Compagnie a installé près 
du poste de Dima (Direction), le seul qui ait un personnel 
nombreux à nourrir, une ferme où se pratique Télevage 
et où sont commencées des cultures vivrières. 

Les cultures vivrières indigènes, aux environs de ce 
poste, ont quintuplé depuis son installation. 

La Compagnie achète tous les vivres dont son personnel 
blanc ou noir peut avoir besoin ; l'imposition en vivres n*a 
jamais été pratiquée par elle. Elle n*a d'ailleurs pas le 
droit d'imposer l'indigène en aucune façon. 

Corvées (rapport pages 183 et suivantes). 

La Compagnie n'impose pas de corvées. 

Elle achète ses matériaux ou se les procure par le 
travail de ses salariés. 

Tous les indigènes au service de la Compagnie sont 
engagés de leur plein gré, par contrat et conformément 
aux lois. 

Postes de bois (rapport page 183). 

La Compagnie se procure le bois nécessaire au chauffage 
de ses steamers par le travail de salariés régulièrement 
engagés par elle. 

Elle s'en procure également chez des particuliers et des 
commerçants non indigènes établis le long des rivières et 
du fleuve. 

Pagayage (rapport page 186). 

La Compagnie assure ses importants services de trans- 
ports par steamers et par baleinières au moyen d'équipes 
composées de travailleurs salariés, régulièrement engagés. 



- 96 - 

Portage (rapport page i86). 

La Compagnie s'est efforcée à employer presqu'exclu- 
sivement les cours d*eau pour ses transports. 

Elle a ainsi réussi à réduire le portage au strict mini- 
mum et cherche à le supprimer complètement. 

Elle emprunte notamment pour ses transports par stea- 
mers et pirogues plusieurs rivières qui, avant sa création, 
n'étaient pas utilisées. Nous citerons Tlnzia, la Kamtsha, la 
Lubué, la Lubudi, la Lubefu, le Lubi. 

Propriétés des Indigènes (rapport page 153). 

Dans le bassin du Kasai, l'indigène récolte le caoutchouc 
et les produits du sol partout où bon lui semble. 

Il agrandit ses cultures comme il l'entend. Sa liberté 
d'aller, de venir, est absolue, et si l'accès de certaines 
régions lui est interdit, ce n'est ni par l'Etat ni par nous, 
mais par les occupants indigènes eux-mêmes qui ne veu- 
lent chez eux aucun étranger. 

Ce court exposé suffit, pensons-nous, à remettre toutes 
choses au point et à démontrer la constante préoccupation 
de la Compagnie du Kasai de ne jamais s'écarter du rôle 
purement commercial qui lui est dévolu et d'apporter, 
dans les détails d'exécution et d'organisation de ses ser- 
vices d'Afrique, tous les perfectionnements susceptibles 
d'améliorer la condition des indigènes. 

Bruxelles, le 23 décembre 1905. 



- 97 - 

Caoutchouc dit „Pîlé" . 

Nous n'avons cessé, depuis la fondation de la Compa- 
gnie, de recommander à nos agents de s'efforcer de 
déraciner l'habitude introduite par la concurrence de 
pilonner les lianes. 

Toutes nos instructions en font foi. 

C'est, en partie, à l'application de ces mesures que doit 
être attribué le peu d'importance de notre récolte de 1902. 

L'Etat, de son côté, n'a cessé d'attirer l'attention de nos 
dirigeants et agents en Afrique sur cette importante question. 

Loin de fermer les yeux, il a, au contraire, tout récem- 
ment encore exercé des poursuites contre un de nos agents 
et contre plusieurs de nos linguisters soupçonnés d'avoir 
acheté aux indigènes du caoutchouc obtenu par le pilon- 
nage des lianes. 

Les agents en cause ont été acquittés en première 
instance et en appel. 

Les magistrats et les contrôleurs forestiers font une 
véritable chasse aux récolteurs de caoutchouc pilé. 

Nous avons pris, nous, toutes les mesures possibles. 

La circulaire ci-après, datée du 16 novembre 1Ç04, montre 
qu'il en est bien ainsi. 

Elle fut envoyée à tous nos agents indistinctement : 

„Au début de notre occupation du bassin du Kasai, nous 
avons été amenés à tolérer temporairement l'achat du 
caoutchouc de lianes dit „pilé" qui se trouvait encore sur 
les marchés. 

„Cette tolérance, toute transitoire, fut admise dans le 
seul but de ne point apporter de perturbation dans le 
commerce. 

„Nous constatons aujourd'hui que malgré nos recom- 
mandations formelles et répétées, certaines factoreries 



- 98 _ 

continuent à acheter du caoutchouc pilé, encourageant 
ainsi les indigènes à persévérer dans leurs habitudes de 
récoltes destructives. 

„Nous interdisons à tout notre personnel l'achat du 
caoutchouc de lianes dit „pilé*\ 

„Au reçu de cette circulaire, les agents se borneront à 
prévenir les indigènes de la mesure radicale prise par 
nous, en évitant de les effrayer, mais en leur conseillant 
au contraire de s'appliquer à la récolte par incision. 

„L'Etat, comme nous, estime que les indigènes cesse- 
raient de récolter du caoutchouc pilé s'il ne se trouvait 
plus d'acheteurs de ce produit et il est décidé à sévir 
avec rigueur principalement contre ces derniers. 

„En conséquence, nous prévenons nos agents de ce 
que nous les tenons personnellement responsables des 
amendes, dommages et pertes qu'encourrait la Compagnie 
de ce chef, de par leur faute. 

„Tout agent — en cas de récidive — sera révoqué." 

Spoliation de l'indigène. 

C'est le reproche favori de nos détracteurs que cette 
prétendue spoliation de l'indigène. 

Comme il est difficile de soutenir que nous usons de 
violence à son égard, on nous accuse de le dépouiller. 

On fait état des prix payés par le commerçant à 
l'indigène avant notre installation dans le Kasai. 

Nous avons montré dans un précédent chapitre quels 
furent les résultats de ces largesses qui ne procédaient 
nullement, du désir d'enrichir l'indigène mais bien plutôt 
de la concurrence. 

Nous avons démontré que nos bénéfices avaient leur 
source principale dans la hausse constante du prix de 



- 99 - 

vente du caoutchouc à Anvers et que Tindigène acceptait 
librement nos prix d'achat. 

On nous concédera le droit de déterminer jusqu'à quelles 
limites nous pouvons élever ce dernier, puisque nous 
sommes responsables de la gestion des capitaux qui nous 
ont été confiés. 

L'indigène est si peu spolié par nous, il a si peu à se 
plaindre de notre Compagnie que nos récoltes vont 
augmentant depuis cinq années et que nous ne disposons 
pour atteindre ces résultats d'aucun moyen de contrainte. 

Peut-on raisonnablement admettre qu'un indigène, libre 
de travailler ou de ne pas travailler persiste ainsi à se 
laisser dépouiller? 

On lui prête, fort gratuitement du reste, des griefs 
contre nous. 

On ne s'en explique pas. 

C'est excessivement commode, mais ce n'est peut-être 
pas excessivement honnête. 

Conclusions. 

Il nous reste à présent à remercier nos détracteurs de 
nous avoir fourni l'occasion de nous expliquer publiquement 
sur notre programme et sur nos opérations, d'avoir pu 
démontrer que dans le Kasai un grand effort a été 
accompli vers la civilisation. 

Nous avons la conscience d'avoir rempli notre devoir, 
d'avoir fait pour l'œuvre congolaise tout ce qu'il était 
en notre pouvoir de faire. 

Nous ne parlerons pas des difficultés rencontrées et 
vaincues. 

Elles sont inhérentes à toute exploitation en pays 
tropical . 



- 100 — 

Nous ne parlerons pas de nos projets, de tant de choses 
que nous avons à accomplir encore mais qui demandent 
du temps et de la patience. 

Les œuvres de civilisation sont lentes. 

Ce n'est pas en quelques années que Ton fait d'un 
peuple sauvage un peuple policé, que Ton dote un pays 
des institutions et de l'outillage nécessaires. 

Nous avons apporté notre pierre à Tédifice. 

Nous avons travaillé avec humanité et justice, usant de 
moyens légaux et charitables. 

Si notre œuvre n'est pas parfaite, si quelques esprits 
impatients en nient la grandeur, si nos détracteurs con- 
naissent le moyen de faire mieux et plus vite, nous 
sommes prêts à écouter leurs suggestions. 

Ils ont la parole. 




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